Elle est trop bath.
Les cantoches, depuis tout petit, m'ont toujours été un lieu d'initiation, un lieu ou je rends hommage au Grand Esprit de La Vie Sociale, avec respect et humilité. En l'occurence, à celle de ma boîte, pendant que les gens ont l'air de s'ennuyer ferme dans les files d'attente, je m'éclate et ondule ipodesquement sur ma dernière lubie musicale. J'aime assez l'effet que ça a sur les gens, en particulier ceux à qui j'ai pu, à l'occasion d'un premier échange dans un cadre professionnel, traumatiser à vie en leur annonçant abruptement quelque chose de tonitruant comme « veuillez parler plus fort et lentement, je suis sourd comme un pot, merci ».
Ensuite, fort de mon plateau, généralement copieux et fourni parce que je souffre parfois de souscharge pondérale, je m'assieds dans un coin bien en vue, d'où je peux observer mon environnement social avec une morgue qui n'a d'égale que mon suivi du beat ipodesque, ponctué comme il se doit (bouffer en rythme m'aide à digérer).
Las, j'observe depuis quelques temps un spectacle écœurant. Le même groupe, toujours composé des mêmes personnes, vient manger régulièrement à la même table ronde en face de la mienne, aux mêmes horaires. Déjà, l'aspect analement méthodique d'une routine subie à plusieurs entre collègues de bureau a quelque chose d'un peu effrayant : effet bocal garanti. Leur repas se déroule selon une rythmique bien précise. Une personne ouvre la bouche, parle, avec l'air de quelqu'un qui va dire quelque chose de marrant. Aussitôt, les autres autour de lui, lèvent leur tête, parfois péniblement, de leur assiette, et l'écoutent. Quand il a fini de parler, chacun regarde son voisin de gauche, puis celui de droite (ou l'inverse), une vague hésitation inscrite sur le visage, mais brève, et enchaîne sur un petit rire aussi convaincant qu'un neurasthénique suicidaire compulsant l'almanach vermot, avant de retourner aussi sec à son assiette, et n'en décolle pas jusqu'au prochain cycle, c'est à dire au prochain qui va se l'ouvrir pour « participer » comme ils disent.
Parmi ces convives amorphes, se trouve, par une sorte d'accident incompréhensible, une magnifique nana, source de maints fantasmes de ma part, et au sujet de laquelle je me surprends à échafauder de rocambolesques plans de sauvetage.
Déjà, dans un premier temps, je vais m'entraîner à me suicider à la crème caramel (ou pistache), histoire d'attirer son attention.