N'en déplaise aux personnes s'abreuvant d'un relativisme pour mous du genou, tout n'est pas juste une « affaire de goût », en musique comme ailleurs. Il y a des choix qui ne se valent pas, des déterminismes irréductibles. Par exemple, les inconditionnels de Schubert ont une nette propension à ne pas être des rigolos (rapport à une truite pas fraîche de chez picard qui ne passe pas ?).
Blague à part, j'ai fini par acheter l'album de Micky Green « White T-Shirt » pour me rendre compte que ce n'était pas juste une lubie en l'air de ma part : ce que cette nana fait avec sa voix est tout simplement incroyable. Il y a un travail carrémment inouï sur le timbre de sa voix et de sa texture, déjà la tessiture vocale est très large, elle peut prendre une voix chaudement murmurante, enchainer sur une mélopée déchirante, prendre une voix cassée de fatigue, lointaine et rauque, changer pour une voix de petite fille ingénue, ou encore chanter comme un chœur à elle toute seule, et le tout dans des registres stylistiques variés comme pop classique, jazz, blues, folk. Je ne suis pas étonné d'apprendre ici ou là qu'elle chante depuis l'âge de 4 ans. Et pour finir, cette stupéfiante richesse vocale est mise au service d'une sorte de lyrisme naïf au naturel désarmant et tout bonnement irrésistible, aux antipodes complets de la virtuosité démonstrative de chanteurs comme bobby macferrin par exemple (autre grand virtuose du timbre).
Il ne faut pas se laisser abuser par le côté faussement naïf et le ciblage apparent de « chanteuse pop pour ados »: on a là une grande chanteuse, au potentiel colossal.

