Quand je rentre chez moi tranquillou à une heure avancée de la soirée, j'ai tendance à être assez absorbé par mes ruminations intérieures et peu enclin à m'ouvrir au monde extérieur. Or, ne voilà-t-il pas qu'un de ces soirs, un de ces adolescents dont l'habillement et la tenue le ferait qualifier d'emblée comme suspect par notre nationale maréchaussée, (et je ne dis pas ça pour faire « politiquement correct », je ne peux simplement pas me résoudre à utiliser le terme consacré, avec toute sa connotation petite-bourgeoisement abjecte), ne voilà-t-il pas donc, qu'il s'approche pour me demander quelque chose. Il faisait sombre et j'étais à côté de mes pompes, je n'ai pas saisi, mais comme il accompagnait sa parole du geste de tirer une taffe, j'ai spontanément présenté mon briquet, croyant qu'il voulait du feu (ce qui était résolument idiot, puisqu'il n'avait même pas de clope dans les mains). Le môme, au début, m'a regardé d'un air étonné, a pris le briquet et a commencé à se barrer avec. Je le rattrape fissa :
- Hey, d'où qu'tu t'me prends mon briquet ? lui dis-je, avec de manifestes signes d'énervement, tout en essayant de le lui reprendre de la main- De quoi ? Qu'est-ce t'as toi ?
- Tu veux quoi, qu'on se batte pour ça ?
- Je demande une clope, tu me sors ton briquet, j'le prends
- J'avais compris que tu voulais du feu !
- T'es zarb' comme mec, lache-moi
Et d'un seul coup, il change d'expression, me rend le briquet et se tire, en ayant presque l'air désolé. Je suppose qu'il s'était rendu compte à ce moment là que j'étais un peu dur de la feuille en apercevant mes sonotones sur les oreilles comme on en venait à être très rapproché l'un de l'autre (oui, ça devenait assez houleux).
J'ai gambergé sur cet indicent dont les tenants et aboutissants m'échappaient quelque peu. Et puis j'ai réalisé la chose suivante. Le môme, en voyant que je lui présentais un briquet alors qu'il demandait basiquement une clope, a simplement cru que j'avais eu peur de lui, une réaction qui doit lui être familière, dans ce quartier bien bourgeois et pépère. À sa place, j'aurais réagi exactement de la même façon. Tant qu'à faire, si on a peur de moi sans que je demande rien de particulier, pourquoi je ne profiterais pas de ce présent aussi diligemment offert ? Ouais, ok, j'te prends ton briquet et basta, bouffon de bourgeois.
Si je revois ce môme, j'aimerais lui présenter mes plus sincères excuses. J'ai honte de l'avoir pris pour un voleur.
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