Il est courant d'être invité au resto avec des inconnus complets. Je zappe la partie « présentation »; il m'est trop pénible de simuler l'acquiescement à l'énoncé du pedigree de machin ou de devoir répondre n'importe quoi à mon tour (je pousse l'autisme assez loin). Donc je n'ai pas la moindre idée de qui est qui, et à vrai dire je m'en radichonne l'escagasse. Bien évidemment certains détails ne m'échappent pas, par exemple si Gérard qui vient d'arriver et ma voisine de table se roulent des pelles à s'en arracher les amygdales, l'on peut raisonnablement en déduire une certaine intimité qu'il convient ne pas trop perturber, et surtout pas en se lançant dans une manoeuvre follement téméraire de drague de la susdite voisine. Je suis sourd, mais pas aveugle. Quoique, avec un certain taux d'alcool dans le sang, il se peut que je le sois aussi. Mais n'ergotons pas.
Arborant une tronche spécialement travaillée pour la circonstance, du genre « jaune d'oeuf martyrisé et de mauvais poil », je suis intensémment concentré sur le contenu de mon assiette, comme si j'essayais d'en pénétrer on ne sait quel secret mystique. Malgré tout, il se peut que l'on se mette martel en tête de vouloir me parler. Seul un intense désespoir ou un aveuglement incurable peut pousser à une telle extrémité. En conséquence de quoi, je me farcis soit des quidams plein comme des vaches, soit des vaches tout court, ces dernières nourrissant probablement de répugnantes arrière-pensées. Heureusement dans les deux cas, le niveau requis d'interaction locutoire est réduit à son strict minimum et je peux y aller de mon stock de commentaires bateaux. Un sourd autiste qui fait du social, des fois j'vous jure, hein.
1 commentaire:
Et tu te poiles en dedans ?
Oups, pardon, je voulais pas lire.
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