Pour des raisons qui me sont totalement opaques, je me suis piégé dans l'écoute de deux pistes, écoutées et réécoutées en boucle, ad nauseam :"Got Glint?" des Chemical Brothers, et "High Fidelity" de Daft Punk
, sans que je sache au juste ce qu'elles ont de commun, à part des loops un poil complaisantes et des samples vaguement psychédéliques, voire obsessionnels. C'est moi, l'humeur du moment, la saison, mes choux-fleurs en panade?
lundi 23 octobre 2006
Sinusoïde (très) insistante
mardi 18 avril 2006
Vive la « science »
La science « américaine » n'arrète pas le progrès. On connaissait quelques uns de ses beaux délires pas piqués des vers, dont le gène de l'homosexualité. En feuillant le canard de l'AAAS (American Association for the Advancement of Science), Science du mois mars, je viens de tomber sur une autre assez goûteuse , concernant la réceptivité des patients aux psychotropes type Prozac (SSRIs, inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine), en fonction de... devinez quoi ? Leur couleur de peau. Si, si, allez, un pour la route (je grasse) :
By Constance Holden Only about two-thirds of depressed people feel better from taking antidepressant medication. Currently, doctors have no way of knowing who is likely to benefit from what drug. But now researchers have identified a gene variant that appears to enhance the odds of benefiting from antidepressants known as selective serotonin reuptake inhibitors (SSRIs). It's "a step on the road to true personalized medicine," says co-author Dennis Charney, psychiatrist at Mount Sinai Medical Center in New York City. The findings could also help explain why blacks appear to respond less than whites to antidepressants, says the lead author, psychiatrist Francis McMahon of the National Institute of Mental Health in Bethesda, Maryland. The beneficial gene variant--for a type of serotonin receptor--is far more common in whites than in blacks. McMahon and colleagues analyzed DNA samples from 1953 patients diagnosed with major depression who were being treated with the SSRI citalopram (Celexa). The patients were part of the largest-ever clinical trial for depression, called STAR*D. To scout out genes that might be associated with treatment response, they looked at 768 markers on 68 candidate genes. SSRIs act on the neurons that send out serotonin, a neurotransmitter that affects many things including mood and circadian rhythms. These antidepressants, which often have fewer side effects than others, prevent transmitting preventing neurons from soaking up unused serotonin, thus giving the serotonin neurotransmitter more time in the synapse to exert an effect. SSRIs also indirectly down-regulate the 2A receptor on postsynaptic (receiving) neurons, which is also necessary for the drugs to work. © 2006 American Association for the Advancement of Science
(article complet accessible ici)
This finding could help explain why blacks appear to have a poorer response than whites to antidepressants [...]. "This work presages a revolutionary future for psychiatry where choice of antidepressant treatment will be determined in part on an individual pattient's genotype." Science AAAS, Mars, Vol 3111, page 1843.
On croit rêver. À quand un psychotrope spécial « black » ?
dimanche 16 avril 2006
Combat Rock
[billet torché/rédigé le jour de la mort de Joe Strummer, je ne savais pas où le mettre, autant que ça soit ici.]
Depuis longtemps, la voix vociférante, les riffs lourds, la rythmique épurée, quasi-militaire des clash m'ont pris aux tripes. « Prendre aux tripes » est l'expression consacrée pour nommer ce qui justement court-circuite la mise en mots, qui est « avant » les mots, comme le cordon ombilical qui devrait nous relier à quelque chose et qui manque. Ce qui fait défaut ici, c'était la voix de notre génération, de cette génération de fils de prolos comdamnés à vivre le réveil des parents dans l'enfer, sans avoir connu autre chose que leurs bribes de rêves, et leurs désillusions. Ces centaines de milliers, ces millions de mineurs, de dockers, d'OS de la métallurgie, qui avaient voué leur corps et leur âme à la grande industrie, en revendiquant, en se battant pour leur place au soleil, en réclamant cette part du rêve qu'eux-même fabriquaient chaque jour, en masse, déversant sur le monde entier les « produits de consommation », de cette consommation qui est devenu l'étalon incontesté et incontestable du bien-être, de l'épanouissement. Quand j'écoute les clashs, j'ai l'impression de me retrouver à la k-fète de la fac, avec mes potes qui sentaient le cuir à 100 balles acheté aux puces et l'envie de croire (encore) à un sens, de toute leur force, l'envie de vouloir donner un sens à tout ça, de racheter les rêves de leurs parents qui se sont sacrifiés dans ces mines, sur les ports, dans les fonderies, en récoltant des miettes de bonheur qui partaient dorénavant dans les poubelles de l'histoire et des « restructurations ». J'ai toujours une indicible envie de chialer en les écoutant, toujours, comme j'ai la gorge serrée, l'estomac noué à chaque fois que je passe dans ces usines désaffectées qui sentent la poussière compacte et dense, où j'entends les souffrances silencieuses et rentrées des générations des ouvriers qui se levaient à 6h du matin et partaient à l'usine pour y payer dette de vie, verser leur dette de sang, une journée de plus vers la mort, derrière des machines, derrière des chaines, de ce qui n'étaient pas encore des robots, en ayant, presque tous, l'impression d'avoir raté leur vie, d'être là parce qu'ils n'étaient bons qu'à ça, à servir de chair à chaîne de production, à gratter, souder, fraiser, avec toujours les mêmes gestes, la même envie de ne penser à rien, et rentrer le soir avec cette nécessité vitale de refouler, de rentrer ou éclater cette rage qui avait grandi la journée durant, coûte que coûte, dans l'alcool, le syndicat, le parti, l'espoir. Quand j'écoute les clashs, j'ai envie de danser et de pleurer, de vouloir croire encore, de comprendre cette souffrance qui n'a jamais été dite parce qu'elle était édulcorée par la lanque de bois d'un espoir factice, l'espoir que ce monde là, où on était moins que rien devant une chaine, ou dans un trou à gratter du charbon, que ce monde là pouvait apporter le bonheur.
dimanche 15 janvier 2006
Découverte scientifique.
Plongé dans mes substantielles et constructives lectures, une idée géniale m'assaillit. En effet, considérons les deux faits scientifiques suivants :
- Premièrement, une tartine avec de la confiture tombe toujours sur le côté confiote. Ce fait a été observé avec toute la rigueur nécessaire par des observateurs totalement impartiaux, et est bien sûr reproductible ad libitum.
- Deuxièmement un chat lancé en l'air retombe toujours sur ses papattes. Ce fait a été également constaté maintes fois. Attention, cette expérience ne fonctionne que dans des conditions définies comme « normales » : autrement dit, ça marchera moins bien si vous lancez le matou du haut de la tour eiffel, ou si vous lui mettez auparavant un copieux coup de tatane dans la tronche.
À la lumière de ces deux faits irréfutables, germa dans mon esprit un nouveau protocole expérimental : et si on attachait une tartine avec de la confiture sur le dos du matou ? étant entendu que le côté confiote doit orienté vers l'extérieur, que la tartine est solidement attachée sans entraver la liberté de mouvement des papattes dudit félin. Maintenant, si la bestiole est lancée en l'air dans les conditions dites « normales », un phénomène intéressant devrait se produire : en effet les deux forces d'attraction, d'une part celles des pattes et celle de la tartine de confiture d'autre part devraient engendrer deux couples opposés dans l'axe de rotation de la bêbête, axe médian à la surface de la tartine et du barycentre des papattes. Avec un dosage judicieux de l'épaisseur de la confiture, on doit pouvoir faire annuler ces deux couples entre eux, et sous nos yeux ébahis devrait se produire un prodige insensé : le matou resterait suspendu en l'air, en un magnifique phénomène de lévitation.
Bon c'est pas tout, mais ça, c'est la théorie. Reste à vérifier en pratique. Si quelqu'un veut bien me confier un kikinou, je me chargerai de la confiote. Merci d'avance
(Ce post est honteusement pompé d'un gag de Kid Paddle - Tome 9.)
samedi 7 janvier 2006
L'idiot du village, part II
Oui, donc, j'appris la musique comme tout un chacun, avec mes moyens propres. J'ai quelques notions de piano, mais j'ai dû arréter la batterie (je tapais comme un sourd).
Je ne saurais décrire les particularités de mon « écoute » musicale. Je sais que je n'entends que très difficilement la plage supérieure à 17Khz, mais c'est quelque chose d'assez banal. En boîte de nuit, ou en concert trop près des baffles, mes sonotones filrent (par sécurité) le volume sonore, et le résultat n'est pas très heureux, à la limite de la bouillie. D'une manière assez bizarre, et cela est sans doute lié à une configuration nervo-artérielle atrophiée chez moi, à partir d'un certain niveau de consommation d'alcool, je n'entends plus qu'une sorte de syncope rythmée et inidentifiable. Bon, dans cet état là, c'est amplement suffisant pour danser, et d'ailleurs, j'aime absolument tout, y compris la pire daube que pourrait passer le DJ. C'est un peu le pendant musical du « je-ne-sais-pas-avec-qui-je-vais-me-réveiller », en quelque sorte.
Blague à part, j'ai quelques repères musicaux que je considère comme absolus, à savoir : Beethoven, Bartók et John Coltrane. Ce sont à la fois les piliers qui ont façonné mon schéma d'écoute musicale et les points de fuite d'un univers qui n'en finit pas de se découvrir : Beethoven pour l'enthousiasme pur et ravageur, Bartók pour le syncrétisme poussé à la limite de la dissonance, Coltrane pour le lyrisme transcendantal (au sens kantien du terme). Pour le reste, et d'une manière plus « proche » (on ne vit pas d'horizons, de points de fuite), en vrac, j'aime :- The clash, pour leur son hagard de garage band monté avec des potaches qui ont des tripes à revendre et font feu de tout bois (Aparté-de-vieille-guéguerre : les SP c'est que des punks d'opérette),
- XTC, l'envers des The Clash avec un côté plus léché, plus fignolé et une sorte d'autodérision à l'anglaise et une incroyable richesse dans les environnements sonores,
- Offering de Christian Vander pour son mélange psychédélique de free jazz et de pop avec des pointes kitsch, le tout en un continuel hommage coltranien
- DJ Cam, pour ses mélopées post-industrielles, qui résonnent de la tristesse assourdissante d'une usine désaffectée,
- Tortoise pour son électisme à la fois classieux et délirant
vendredi 6 janvier 2006
L'idiot du village, part I
Reprenons et commençons par le commencement. Le son est une vibration de l'air propagée sous forme d'onde et qui est perçue par nos oreilles. La parole est un son plus ou moins intelligible et articulé, dont les composantes sont appelées phonèmes. De 0 à 6 ans, environ, l'être humain elévé en société, et surtout, entendant, effectue une spécialisation fonctionnelle au niveau neurologique dédiée à la reconnaissance de la parole, qui va lui permettre d'associer spontanément les sons de la parole en complexes phonologiques classifiables (syllabes). Plusieurs conséquences en découlent.
D'abord, si le bambin n'entend goutte ou commence trop tard (5 ans) à être appareillé pour l'audition, il n'a pu réaliser cette spécialisation fonctionnelle de son cerveau que partiellement ou pas du tout. Il aura beau être « guéri » par la suite, ou avoir des audioprothèses dignes de ce nom, il aura toujours des problèmes séquellaires dans le champ de la compréhension et du décodage de la parole. Cet handicap, purement lié à la fonction de parole, est définitif et irréversible.
Ensuite, ce n'est pas insurmontable. Par exemple, et en ce qui me concerne, je compense avec la lecture labiale, laquelle fait probablement appel à un autre type de spécialisation fonctionnelle mais sans doute plus légère et/ou moins complexe que le décodage de la parole. La suppléance mentale bouche les trous restant.
Enfin, cette déficience fonctionnelle d'une part et la capacité propre ou non du sujet à produire de la parole d'autre part sont relativement décorrélées, comme de nombreux cas le prouvent (dont votre serviteur). Je soupçonne d'ailleurs fortement que la traditionnelle association entre surdité et mutisme est d'origine artificielle et générée par un conditionnement socio-éducatif. N'oublions pas qu'il n'y a pas si longtemps, les sourds (et muets de ce fait) étaient systématiquement assimilés aux « idiots du village » , et leur mise à l'écart de la moindre fonction sociale et du processus éducatif ne favorisait pas vraiment leur vocation de producteurs oraux.
J'en viens au cœur de ce qui motiva cette longue disgression : non, il n'y a aucune espèce de lien entre la déficience fonctionnelle susmentionnée et l'aptitude à écouter, apprécier, produire de la musique.
À suivre.jeudi 8 décembre 2005
Shopping
Récemment, j'ai commenté ce merveilleux produit pour sourdingue audiophile qui se respecte. (Pour information, sur la plupart des audioprothèses dites extra-auriculaires, la position dite « T » passe l'appareil en mode de réception magnétique, ce qui isole totalement des bruits extérieurs. C'est conçu pour l'utilisation du téléphone avec des adapateurs à émission inductive, d'où le « T ».) Le commentaire suit.
Le prix proposé ici est beaucoup trop élevé. On trouve la même chose sur le site www.rnid.org.uk : http://www.rnid.org.uk/ Et ce, pour environ 33 euros TTC au lieu des 63 euros. Sinon, ça fait des années que j'en ai. Avantage principal : - Par rapport aux "vieilles" boucles inductives, si vous connaissez déjà, c'est le jour et la nuit, et au niveau de la qualité sonore et de l'amplitude et de la "clarté" générale du son. Si vous avez besoin d'écouter de la musique, que vous êtes sourd profond, et que vous portez des prothèses extra-auriculaires à réception magnétique (position T), n'hésitez pas une seule seconde. Pour ce qui est de l'utilisation quotidienne (je m'en sers pour tout, ipod, télé, chaîne) plusieurs gros points noirs : - La jonction fils-crochets est très fragile. Les crochets sont par définition bien accrochés à l'oreille, et le moindre poids sur un des fils va commencer à le détacher du crochet. Par conséquent, en utilisation intensive ça ne dure pas un an. Je conseille d'en avoir 2 sets, en cas de "panne", et surtout pour la raison suivante : - Du fait de leur finesse, la capacité des fils à s'emméler, combinée à l'arrimage systématique des crochets, tout ceci est éprouvant quand on veut sortir le bazar du fond d'un sac par exemple. Nerfs fragiles, attention! - De miniscules colliers de couleur permettent de distinguer la droite et la gauche. Pour une raison qui m'échappe complètement ces colliers partent au bout de quelques jours, donc il faut soit bricoler un marquage soit s'orienter à l'oreille. Pénible. - Au bout d'un certain temps d'utilisation continue (environ 6 ou 8heures), la peau en contact avec le crochet commence à montrer des signes d'irritation. Plastique non prévu pour ça ou surface mal traitée ? Malgré tout, ces défauts sont loins d'être rédhibitoires, et j'insiste, si vous êtes sourd sévère/profond avec appareils extra-auriculaires, c'est la solution ULTIME pour écouter de la musique. Aucune autre solution inductive ou non ne fait le poids, même les casques très hauts de gamme qui valent x fois ce prix. J'ajoute que la technologie se trouvant dans les prothèses équipées pour la réception magnétique, je n'ai jamais compris le prix de ces pauvres bouts de cuivre enrobés dans du plastique qui ne font que transmettre l'induction.
mardi 8 novembre 2005
Chers Amis pas sourds...
... j'ai besoin de vous. Si vous avez une sono et/ou un casque corrects ainsi qu'une bonne audition, pouvez vous me dire quelles sont les différences au niveau qualité entre ces deux radios web, diffusant a priori exactement le même contenu :
- http://radionova.ovh.net:8000
- http://fradav.chienlit.com:8000/listen.pls
La première radio étant officielle encodée en mp3/128Kbps et la deuxième venant de ma freebox et réencodée par mes soins depuis la ligne analogique en aac+/128kbps. La seconde accuse un retard de quelques secondes sur la première, à cause des tampons intermédiaires. Pas la peine de vous y précipiter tous à la fois, il n'y a que deux places de libres pour cette dernière. D'avance, merci pour vos commentaires.
vendredi 4 novembre 2005
Le malentendu
Quand je rentre chez moi tranquillou à une heure avancée de la soirée, j'ai tendance à être assez absorbé par mes ruminations intérieures et peu enclin à m'ouvrir au monde extérieur. Or, ne voilà-t-il pas qu'un de ces soirs, un de ces adolescents dont l'habillement et la tenue le ferait qualifier d'emblée comme suspect par notre nationale maréchaussée, (et je ne dis pas ça pour faire « politiquement correct », je ne peux simplement pas me résoudre à utiliser le terme consacré, avec toute sa connotation petite-bourgeoisement abjecte), ne voilà-t-il pas donc, qu'il s'approche pour me demander quelque chose. Il faisait sombre et j'étais à côté de mes pompes, je n'ai pas saisi, mais comme il accompagnait sa parole du geste de tirer une taffe, j'ai spontanément présenté mon briquet, croyant qu'il voulait du feu (ce qui était résolument idiot, puisqu'il n'avait même pas de clope dans les mains). Le môme, au début, m'a regardé d'un air étonné, a pris le briquet et a commencé à se barrer avec. Je le rattrape fissa :
- Hey, d'où qu'tu t'me prends mon briquet ? lui dis-je, avec de manifestes signes d'énervement, tout en essayant de le lui reprendre de la main- De quoi ? Qu'est-ce t'as toi ?
- Tu veux quoi, qu'on se batte pour ça ?
- Je demande une clope, tu me sors ton briquet, j'le prends
- J'avais compris que tu voulais du feu !
- T'es zarb' comme mec, lache-moi
Et d'un seul coup, il change d'expression, me rend le briquet et se tire, en ayant presque l'air désolé. Je suppose qu'il s'était rendu compte à ce moment là que j'étais un peu dur de la feuille en apercevant mes sonotones sur les oreilles comme on en venait à être très rapproché l'un de l'autre (oui, ça devenait assez houleux).
J'ai gambergé sur cet indicent dont les tenants et aboutissants m'échappaient quelque peu. Et puis j'ai réalisé la chose suivante. Le môme, en voyant que je lui présentais un briquet alors qu'il demandait basiquement une clope, a simplement cru que j'avais eu peur de lui, une réaction qui doit lui être familière, dans ce quartier bien bourgeois et pépère. À sa place, j'aurais réagi exactement de la même façon. Tant qu'à faire, si on a peur de moi sans que je demande rien de particulier, pourquoi je ne profiterais pas de ce présent aussi diligemment offert ? Ouais, ok, j'te prends ton briquet et basta, bouffon de bourgeois.
Si je revois ce môme, j'aimerais lui présenter mes plus sincères excuses. J'ai honte de l'avoir pris pour un voleur.
vendredi 30 septembre 2005
méssékoisketadanlézorèyes
Les sonotones c'est des trucs de ouf malade. Les miens surtout. Je vous assure que ceux qui les ont essayés m'ont rapporté avoir ressenti quelque chose s'approchant d'une perceuse directement connectée sur le tympan. Ah ben ouais, déjà leur fonction première n'est pas de diffuser Europe 2 en continu, mais d'amplifier les sons pour un gars qui n'entend que le bruit d'un réacteur d'avion à 20m de lui, en temps normal. Et honnètement, je suis encore aujourd'hui bluffé par le condensé de prouesses technologiques que sont ces appareils. Néanmoins, y'a quelques petits soucis mineurs. Le premier est incontournable et a pour doux nom « effet Larsen ».
Explication : étant donné le niveau d'amplification et la pression requise dans l'oreille, le moindre défaut d'étanchéité provoque l'amplification du signal qui sort du sonotone justement, et le signal se boucle sur lui-même, se calant sur une fréquence donnée, de préférence assez aigüe, ce qui donne un biiiiiiiiiip tonitruant. Enfin, c'est ce qu'on me dit, parce que perso je l'entends même pas. Ce défaut est assez facilement rencontré, l'oreille étant souple. D'expérience, je sais qu'il vaut mieux que j'évite de me gratter l'oreille compulsivement, comme je l'ai fait par exemple à l'oraison funèbre de ma grande-tante. Il va également de soi, sous peine d'être ponctués d'un concert de biiiip à l'à-propos assez douteux, que certains contacts sociaux euh... disons intimes et agités se déroulent sans cet équipement prothétique (à la charge de l'absence duquel je dois avouer, dans ce cas précis, une amélioration nette du rendement en quiproquos débouchants sur des orientations relativement intéressantes dans la conversation du moment... euh oui enfin bref, passons).
Une autre source de désagréments : les piles des sonotones. Je n'ai jamais pu m'organiser pour prendre en compte leur expiration (environ deux ou trois semaines). En conséquence de quoi il arrive toujours un moment où : 1/ y'a plus de piles 2/ y'en a plus de rechange sous la main non plus. Je note que ça m'arrive généralement dans des moments particulièrement bien choisis, par exemple un des premiers rendez-vous avec la femme de ma vie (ou d'une de mes vies), le jour d'une réunion professionnelle importante, ou en partant en vacances quelques semaines dans un trou paumé avec toute une bande de joyeux drilles.
Mais ne nous méprenons pas, ces bidules électroniques sont de vraies merveilles. La preuve, je les mets tous les jours. Enfin, tous les jours où je suis de bonne humeur.
mardi 20 septembre 2005
Le bonheur, simple comme un coup de fil.
vendredi 16 septembre 2005
Voix
Être sourd ne signifie pas obligatoirement ne pas ou mal entendre, mais entendre autre chose. Et cet autre chose peut être présent, envahissant, voire permanent. Il peut vous couper de toute proximité illusoire avec la moindre notion de silence. Dans mon cas, il s'agit d'un sifflement suraigu et continu, ponctué de petits coups secs sur des sortes de timbales. Techniquement, ces bruits sans origines extérieures s'appellent des « acouphènes » et les toubibs se perdent en hypothèses vaseuses là dessus (ce qu'ils ont de plus profond à dire à ce sujet se résume à : « L'acouphène a des propriétés acouphèniques »). Bref, c'est ce que vous entendez en vous levant du lit un peu brutalement ou après un concert au niveau sonore suffisamment hargneux. Sauf que c'est pour la vie.
Évidemment, toute personne étant accoutumée à l'équation « pas de bruit = silence dans ma tête » s'imagine tout de suite quelque chose de fortement flippant, et, a fortiori, flippe pour de bon lorsque elle en fait l'expérience ponctuelle. En ce qui me concerne, je suis né avec, flipper pour ça reviendrait à paniquer en me voyant dans un miroir (à tort ou à raison, peu importe). C'est ma voix à moi, j'en prends soin, c'est un bruit de fond chatoyant qui me donne l'impression de ne jamais être seul. Avec un effort d'auto-suggestion minime, je peux même lui faire dire des choses. Bon, la voix est pataude et trop lente pour une conversation poussée. Elle ressemble à un chœur de sorcières résonnant dans la vallée et chantonnant de douceureuses imprécations. J'espère qu'elles ne s'emmerdent pas trop. Tout de même, ça me touche que l'on s'intéresse autant à moi.
jeudi 15 septembre 2005
Boyz in Da Hood.
Le français moyen a une étonnante aptitude à se prendre pour un parangon absolu en matière d'articulation et de diction, et si, à la suite de ses propres aboiements informes vous osez manifester une quelconque perplexité, il en déduira immanquablement que vous êtes un étranger qui ne parle que l'étranger et pas sa langue à lui. En tant qu'abimé des choux-fleurs, c'est une situation que je rencontre quotidiennement. Et souvent j'ai un bonus : se rendant compte que je suis à même de m'exprimer dans sa chère langue (et souvent mieux que lui en plus, pas dur), et face à mon incapacité persistante à comprendre le moindre [censored] de mot de ses éructations, l'olibrius mettra en branle, brièvement et douloureusement, les rouages de sa mécanique mono-neuronale pour finalement me classer comme « débile », le genre de gars avec une case en moins, quoi.
Au fil des années, j'ai pu peaufiner une technique qui me donne pleine satisfaction : je joue à être exactement celui qu'on pense que je suis. Et j'en rajoute une couche, des fois qu'on aurait pas compris. Et je l'avoue, je suis criant de vérité aussi bien en émigré russe psychopathe qu'en débile qui bave un peu partout, de préférence sur les autres. Je suis comme ça, j'aime rendre service.
mardi 13 septembre 2005
Au resto, part II
Il est courant d'être invité au resto avec des inconnus complets. Je zappe la partie « présentation »; il m'est trop pénible de simuler l'acquiescement à l'énoncé du pedigree de machin ou de devoir répondre n'importe quoi à mon tour (je pousse l'autisme assez loin). Donc je n'ai pas la moindre idée de qui est qui, et à vrai dire je m'en radichonne l'escagasse. Bien évidemment certains détails ne m'échappent pas, par exemple si Gérard qui vient d'arriver et ma voisine de table se roulent des pelles à s'en arracher les amygdales, l'on peut raisonnablement en déduire une certaine intimité qu'il convient ne pas trop perturber, et surtout pas en se lançant dans une manoeuvre follement téméraire de drague de la susdite voisine. Je suis sourd, mais pas aveugle. Quoique, avec un certain taux d'alcool dans le sang, il se peut que je le sois aussi. Mais n'ergotons pas.
Arborant une tronche spécialement travaillée pour la circonstance, du genre « jaune d'oeuf martyrisé et de mauvais poil », je suis intensémment concentré sur le contenu de mon assiette, comme si j'essayais d'en pénétrer on ne sait quel secret mystique. Malgré tout, il se peut que l'on se mette martel en tête de vouloir me parler. Seul un intense désespoir ou un aveuglement incurable peut pousser à une telle extrémité. En conséquence de quoi, je me farcis soit des quidams plein comme des vaches, soit des vaches tout court, ces dernières nourrissant probablement de répugnantes arrière-pensées. Heureusement dans les deux cas, le niveau requis d'interaction locutoire est réduit à son strict minimum et je peux y aller de mon stock de commentaires bateaux. Un sourd autiste qui fait du social, des fois j'vous jure, hein.
Au resto.
Pour l'épisode « restaurant », les différentes situations rencontrées peuvent être aisémment classées selon le niveau d'intimité des convives, selon qu'ils sont ou non au fait de mes euh... disons travers un peu particuliers. Une constante demeure : l'interaction avec le(la) serveur(se) chargé(e) de prendre la commande. Ce moment est particulièrement redouté parce qu'il s'ensuit des choses imprévisibles. Normalement je me réfère à la carte du restal comme à une bouée de sauvetage, mais ça ne marche pas toujours. Exemple n°1, ce que je veux commander n'est plus disponible, il m'est donc conseillé de prendre « ceci, cela ou encore ceci », et ça ne rate pas : je n'ai pas la moindre idée de ce que sont « ceci », « cela » ni même « ceci ». À partir de ce moment précis, je commence à suer à grosses gouttes, je feuillette frénétiquement la carte des menus, je me tourne plusieurs fois vers mon voisin de table comme une âme en peine, tout en surveillant du coin de l'oeil le serveur qui s'impatiente dru. Et finalement, prenant mon courage à deux mains je me lance :
- Alors euh... le ceci avec la sauce cela ?
- Le Kloug à la sauce de Trafalgar ?
- oui oui exactement
- bien, autre chose ?
- non non merci, intense soupir de soulagement
Mais le calvaire n'est pas terminé pour autant, puisqu'il va falloir le bouffer, le Kloug.
Dédicace.
Au lycée, j'avais assisté à un cours assez curieux. Il s'agissait d'une option bouche-trou de je ne sais plus quel programme ni exactement quelle classe. Le cours était une sorte de commentaire « mis en scène » du Huis-Clos de Sartre; c'est à dire que la pièce était destinée à être jouée par des élèves (d'ailleurs pour l'anecdote, deux sur les trois acteurs sont devenus comédiens professionnels), et que le prof' commentait les scènes jouées par les élèves tout en effectuant un travail « d'imprégnation ». D'ailleurs, cette manie de la paraphrase emphatique des profs de français relevait plus d'un pathos moisi et ridicule que d'autre chose. Passons.
La pièce donc, d'un intérèt dramaturgique frôlant le zéro absolu, n'éveillait en moi qu'une vague irrépressible de baillements. Si l'on ajoute à cela que la salle était mal éclairée, que l'heure du cours se situait systématiquement au moment du plus grand coup de barre de la journée de l'insomniaque que j'étais, l'on comprendra aisément qu'au fur et à mesure que pérorait le commentateur-metteur-en-scène, je m'imprégnais quant à moi d'une envie de pioncer pas piquée des hannetons. Problème numéro 1 : j'étais au premier rang. Et oui, un sourd qui s'assume signale à l'institution sa tare et accessoirement brise les bonbons de tout un chacun pour qu'on lui réserve sa petite place au premier rang pour le confort de l'audition et la qualité des postillons. Bref, en écraser à cet endroit là aurait été un affront que je n'aurais jamais eu l'inconscience de mettre à exécution à cause du Problème numéro 2 : l'option à laquelle mes baillements intérieurement réprimés et moi-même assistions comptait dans la note et l'appréciation globale, semestriellement et parentalement supervisée , sur laquelle je m'efforçais de faire bonne impression. En résumé : ça l'aurait pas fait, du tout. Et à partir de là, à force de volonté et de ténacité je me suis forgé une discipline de fer qui m'a mené vers l'acquisition d'une virtuosité inégalée dans l'art de duper mes interlocuteurs au sujet de l'intérèt et du sérieux que je portais à leur propos. De tous ses cours je n'en ai pas piquée une. Je roupillais les yeux ouverts, l'air profondémment concentré sur ce qui se disait.
J'ai eu cette appréciation étonnante de la part du prof sur mon bulletin de notes : « Sérieux et intérèt sans faille. ». Un doute subi m'assaillit. Le pot-aux-roses aurait-il été découvert ? Ou me félicitait-il insidieusement de l'excellence de ma supercherie ? Quoiqu'il en fut, c'est à lui que je dois ce don d'écoute de l'autre et ce fameux « sérieux sans faille » que beaucoup m'envient. Qu'il en soit infiniment remercié.
Parachutage.
L'autre jour, alors que je cherchais à lui brosser une vue d'ensemble de la condition d'un sourd tel que moi (pour plus de détail cf. ici) dans la vie de tous les jours, quelqu'un me fit cette remarque d'une pertinence rare : « Oh ben tu sais, c'est à peu près la même chose que je pourrais décrire d'un français qui vit à Londres (NDLA : ce qui est précisémment son cas) ». Et c'est exactement ça : rien de bien dramatique ni d'insurmontable, il y a de tout, du rigolo comme du pénible, du dépaysement comme de la routine. Et surtout, surtout : il va sans dire qu'est un prérequis absolu l'art de faire semblant de comprendre ce que vos interlocuteurs s'évertuent à vous raconter.